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  • : Les machines du fantasmagore
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  • : Présentation d'attractions de pré-cinéma, du XVIIe siècle à nos jours : optique, lanterne magique, image animée, théâtre, ombres chinoises, cinématographe ancien, photo en relief, 3D
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Les spectacles de FANTASMAGORIE et de PHYSIQUE AMUSANTE à Toulouse de 1820 à 1850

 

OLIVIER (1820)

« Aujourd’hui et jours suivants spectacle de fantasmagorie, physique amusante de MM. Olivier père et fils. Salle du Concert, rue des Pénitens-Bleus. Prix des places : Deux fr. premières ; 1 fr. secondes ; 75 c troisièmes. »

(Le journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne, 10 juillet 1820)


Ce contemporain de Robertson d'origine polonaise est l'un des pionniers de la fantasmagorie. Son nom apparaît en 1800 à Bruxelles, associé au professeur de physique Demmenie, puis en 1802 à celui de Martin (un peintre et ancien assistant de Robertson qui fera carrière en Espagne puis au Etats-Unis).
Olivier se produit régulièrement dans différents lieux de la capitale. Ses tournées le conduisent en province, parfois associé à son fils, comme ici à Toulouse.
Un encart dans le Journal de Paris du 31 juillet 1806 nous informe « qu'il a fait beaucoup de changement dans la Fantasmagorie, d'un genre nouveau » (…) et qu'à son programme figure le « tombeau de Paul et Virginie ». Son spectacle était complété par la présentation de pièces mécaniques et des expériences de physique amusante.

 


Louis COMTE (1821)

Un long compte rendu paru dans le Journal de Toulouse du 26 septembre 1821 relate la dernière soirée donnée par Louis Comte à Toulouse.
«… Les applaudissements et les bravos ont accompagné chacun des tours  où notre magicien a déployé une habileté et une grâce parfaite. Quelques scènes de fantasmagorie produites avec une horrible vérité, ont prouvé que M. Comte possède aussi le secret des illusions de l’optique. Il faut le dire cependant, sans ses jeux de sorcellerie, il n’a cherché qu’à faire naître des frayeurs agréables. C’était vraiment un diable couleur de rose » (son livre « Le Magicien de Société ou Le Diable Couleur de Rose » paraîtra en 1825) .

« Les séances de M. Comte étaient les mystifications aux messieurs, les compliments aux dames et les calembours à tout le monde »...Il existe dans des collections privées quelques superbes illustrations de ces spectacles de « Fantasmagorie, ventriloquie et physique », ainsi qu'une affiche de la « Nonne sanglante, séance de fantasmagorie par M. Comte et M. Scribe ».

Prestidigitateur et ventriloque suisse de grande renommée, Louis Comte se vit décerner par Louis XVIII le titre de « physicien du roi ».  Il ouvrit à Paris plusieurs théâtres avant de se faire construire une salle passage Choiseul. Son fils Charles, futur gendre d'Offenbach, en prend l'administration en 1855. Celui-ci passe alors un accord avec son futur beau-père et le théâtre des Jeunes élèves de M. Comte devient les célèbres « Bouffes parisiens ».

 


CAUTRU (1825)


« M. Cautru, professeur de physique expérimentale, donnera dimanche 27 du courant, une première séance dans la salle rue des Balances, n° 64. On y verra plusieurs expériences produites par la machine électrique, divers phénomènes de la nature y seront expliqués, et la Catoptrique réunie à la Fantasmagorie contribuera avec plusieurs jolis tours nouveaux à varier les plaisirs des spectateurs… »

(Le journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute-Garonne, 26 nov. 1825)


L’annonce suivante datée du 13 décembre est particulièrement importante puisqu’elle détaille les plaques qui seront projetées pendant la partie fantasmagorique de la présentation : « Il y aura expérience électrique, jeux mécaniques et d’adresse, et métamorphoses, effets de catroptrique réunis à la fantasmagorie, où l’on verra paraître tour à tour les grands hommes et femmes célèbres, les guerriers de notre siècle qui se sont immortalisés par leurs hauts faits militaires, les dieux de la fable, plusieurs farfadets et autres apparitions. C’est dans la salle dite Sainte-Catherine, rue des Balances n° 64. »

Le 27 décembre, Cautru prévient son public qu’il ne disposera plus de salle pour donner son spectacle. « Il se transportera chez les personnes qui voudront voir chez elles … »  « Il est logé rue des Balances n° 64 chez M. Matet, coutelier. »
Cautru reprend ensuite ses tournées en province. On trouve ainsi une annonce pour son cabinet de physique à Lyon en 1830.

 


LASSAIGNE (1842 – 1858)

Cet artiste toulousain, d’envergure internationale, reviendra régulièrement dans sa ville natale donner des séances de prestidigitation et de fantasmagorie.
Il avait commencé sa carrière dans la salle du conservatoire sous le seul prénom d’Auguste.

1842
« Théâtre du conservatoire philharmonique, rue Lapeyrouse, 5, place Lafayette,
Aujourd’hui jeudi, 13 octobre 1842, spectacle extraordinaire, donné par M. Auguste L***, dit le petit Bosco, artiste physicien, élève du célèbre Casimir Delmas.
Soirée de magie, apparitions, transformations, métamorphose, grande fantasmagorie, tableaux animés et mécanisés qui n’ont jamais paru dans cette ville »…

Lassaigne revient en 1846 dans cette même salle pour y produire des expériences de somnambulisme avec Calixte Renoux.

En 1858, pendant la période de carnaval, il installe son propre théâtre forain et propose un spectacle complet doté de nombreuses attractions : 
« Spectacle extraordinaire et varié par LASSAIGNE, physicien prestidigitateur, avec le concours des Artistes américains (…)
Programme suivant : Plus de 100 tours de physique et de prestidigitation du nouveau répertoire trop long à énumérer. – Une infinité de tours de cartes de première difficulté. – Toutes les plus belles expériences de Bosco. – Intermèdes de toute nature. – Excentricités, par les artistes américains. – Vingt pièces mécaniques et automates en tout genre. – Grande fantasmagorie du célèbre Robertson. – Apparitions et disparitions du jeune Antony Tom-Pouce »…

(Journal de Toulouse, annonce parue régulièrement du 28 janvier au 10 février 1858)


Avec Robertson, il partage l’exercice de la fantasmagorie mais aussi la passion des ascensions en ballon. Son acte de décès, rédigé à Montpellier le 4 novembre 1885, fait même état du titre de « physicien aéronaute ».

Au cours de ses tournées, Lassaigne s’est bien évidemment mesuré au Commandeur Cazeneuve, sans doute le plus connu des magiciens d’origine toulousaine, qui a exercé ses talents jusqu’à Madagascar. La vie de ce dernier est bien documentée mais, malheureusement pour nous, il semble qu'il ne pratiquait pas l’art des projections…



KLISCHNIG & MACALLISTER (1845)

Les deux artistes britanniques se produisent à Toulouse dans la salle philharmonique du 6 mars au 11 avril 1845.

« Salle philharmonique, rue Lapeyrouse, Aujourd’hui 6 mars 1845, première grande soirée mystérieuse donnée par MM. Klischnig et Macallister de Londres, grande séance de physique indienne et chinoise.
M. Macallister ouvrira la séance en allumant 200 bougies par un coup de pistolet.
Les Souvenirs d’un grand homme, grande exposition de 20 tableaux mystérieux, par M. Klischnig.
On commencera à 7 heures précises »

(Journal de Toulouse, 5 & 6 mars 1845)


Le programme du 15 mars explicite ainsi le contenu de l’exposition pour qui s’étonnerait de voir un sujet britannique participer au culte de Napoléon : « Les funérailles de l’Empereur, grande exposition de 20 tableaux fondants… ».
L’exposition annoncée se tenait-elle dans un salon attenant à la salle de spectacle que les spectateurs pouvaient fréquenter avant d’assister aux séances de prestidigitation ou bien pendant l’entracte ? A moins qu’il ne s’agisse de vues sur verre projetées en fondu enchaîné, comme le laisserait penser l’annonce publiée le mardi 1er avril :


« Brillante séance de prestidigitation, par M.M. Macallister et Klischnig.
La grenouille d’après nature.
La grande fantasmagorie
On commencera à 7 heures et demie
Prix des places : Premières, 2 fr. 50c. ; secondes, 1 fr. 50 c. Demain grande soirée»

Pour lever le doute, ouvrons Le Censeur, journal de Lyon, ville où les deux artistes se sont produits en février de la même année. Après la séance de physique indienne et chinoise de Macallister, un intermède était joué par Klischnig –qui se définissait lui-même par ailleurs comme le « célèbre mime-comique des principaux théâtres de Paris et de Londres ». Voici donc l'explication de notre « grenouille d'après nature ». Le spectacle s’achevait à Lyon par « La grande fantasmagorie mécanique et mouvante, composée de 24 tableaux ». On est donc bien en présence d’une projection lumineuse de plaques animées en fondu enchaîné qui constitue le final du spectacle, ce que notre annonce toulousaine du 6 mars, considérée isolément, ne laissait pas forcément envisager.



BENITA ANGUINET (1848)

La célèbre « physicienne prestidigitatrice » -dont les traits nous sont parvenus grâce à l’illustration d’une partition de polka-mazurka pubiée sous le titre « Benita la magicienne » et d'un portrait récemment mis en ligne par Gallica- se produit à Toulouse au Théâtre des Variétés de décembre à janvier 1848.

benita-anguinet.jpg

                                                source Gallica.bnf.fr

 Melle Anguinet / première physicienne de France / sans rivale

 

Son spectacle du 18 décembre est divisé en trois parties : d'abord une « Grande fête magique » composée de « tours d’adresses et d’illusions les plus curieux de son répertoire »  ; ensuite différentes attractions dont nous retiendrons la présentation d'« El Signor Chinkao (automate), répondant à diverses questions qui lui seront faites par le public » ; enfin « Le spectacle sera terminé par la Grande Fantasmagorie, mécanique mouvante, tableaux risibles et sérieux (Voir l’affiche du jour pour le Programme) ».

L’annonce publiée le 24 décembre 1848 dans le Journal de Toulouse propose pour le Lundi suivant plusieurs tours nouveaux. Comme à son habitude  « Le spectacle sera terminé par la Grande Fantasmagorie ou les illusions nocturnes du célèbre Robertson ». Pourquoi soudain faire référence au plus célèbres des fantasmagores ? Poursuivons notre lecture par l’encart immédiatement publié sous celui de Benita et titré en gras « Avis. De Linski ». En effet son illustre confrère, « premier prestidigitateur d’Europe », annonce avec force détail sa venue imminente. A cette occasion, il se proclame « Seul possesseur de la véritable fantasmagorie du célèbre Robertson, de Paris ».

Les bals donnés pour la nouvelle année au Théâtre des Variétés obligent Benita Anguinet à se replier dans la salle philharmonique de la rue Lapeyrouse pour continuer ses représentations.
La soirée du 11 janvier se distingue par une « Grande distribution Magique de Jouets d’enfant. Le spectacle sera terminé par la FANTASMAGORIE, représentant des scènes gracieuses et comiques ».
Nous laisserons enfin la magicienne charmer le public dans son « Palais merveilleux », lors d’une « Nuit orientale », parée d’ « un riche costume d’Odalisque »… avant de s’effacer devant les mille lumières de « la Grande Fantasmagorie ».



DE LINSKI

de linsky                                                                                                 Source Gallica.bnf.fr

1843
« La soirée de M. de Linski, annoncée pour aujourd’hui samedi, n’aura lieu que lundi 8 du courant ; le dérangement et les préparatifs occasionnés pour l’installation de sa Fantasmagorie, sont les seuls motifs du renvoi de la représentation. Lundi, la salle du Conservatoire philharmonique présentera le plus brillant aspect. (…) L’on a établi des ventilateurs afin d’aérer la salle. » (Journal de Toulouse, 6 mai 1843)

 

Si De Linski ne nous a pas trompé sur les motifs de son contretemps, l’installation nécessaire à la présentation de sa fantasmagorie semble plus complexe que prévu : mise en place et réglage du fantascope, installation de l’écran pour la rétroprojection, et peut-être quelques bris de verre pendant le transport… ?


L’argument avancé d’un confort accru grâce à la ventilation (alors que nous sommes début mai) augure bien d’une séance de projection sur fumée pour l’apparition des spectres, un grand classique de la fantasmagorie difficile à maîtriser : Guyot, dans les Récréations physiques, utilise l’encens. Chevallier conseille plutôt  « la liqueur fumante de Libavius, que les chimistes modernes nomment muriate d’étain fumant »  (Le Conservateur de la vue, 1815), donc un chlorure d’étain utilisé pour la teinture… ou autrefois par les alchimistes pour fabriquer de l’or, et qui mis au contact de l’eau produit une fumée blanche de chlorure d’hydrogène, gaz toxique et hautement corrosif.
Nous ne possédons malheureusement pas la composition exacte des produits utilisés par les prestidigitateurs de l’époque, non plus que le public qui assistait à ces séances à ses risques et périls…

Les samedi 20 et dimanche 21 mai ont lieu une représentation extraordinaire de ses expériences les plus intéressantes. « Le spectacle sera terminé par la Fantasmagorie et le Poliorama animé", donc des vues à effet jour et nuit avec plaques mécanisées.

Pour sa grande soirée d’adieu, le jeudi 25 mai, de Linski annonce :
« Grande scènes du Mégascope (les corps opaques) ou Fantasmagorie avec des êtres vivants ; (cette représentation) sera terminée par une 3e représentation du Poliorama animé, avec tous nouveaux sujets. »

Les adieux se poursuivant, il se produit jusqu’au 1er juin 1843 avec de nouvelles tours et de nouveaux appareils reçus de Paris (Journal de Toulouse, 30 mai 1843).


1848 / 1849
De Linski revient à Toulouse en décembre 1848 où se produit déjà Benita Anguinet. On se souvient de la lutte qui oppose leurs communiqués dans la presse.
On le retrouve donc au Théâtre des Variétés avec Keller. Son annonce du 9 mai s’achève sur un paragraphe qui a du laisser songeur plus d’un spectateur :
« Pour le première fois, la véritable et superbe Fantasmagorie mécanique et mouvante, du célèbre Robertson, de Paris. Ne pas confondre avec des espèces de Lanterne Magique, qu’on a offert jusqu’à ce jour. »

On voit que, sous la pression de la concurrence, De Linski s'attache à défendre avec conviction la suprématie de son fantascope par rapport aux projections lumineuses traditionnelles. Il s'agit aussi de défendre un spectacle qui, en plus de cinquant ans d'existence, a pris des formes de plus en plus galvaudées.


Pour le plaisir, concluons notre lecture : « Le professeur de Linski terminera la séance par l’Escamotage d’un petoton de grenadiers de cette garnison, ou la grande séance des balles enchantées, expérience du plus grand effet . L’affiche du jour donnera de plus amples détails »...

Lorraine Aressy - 2013

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Les attractions foraines :
le cosmorama Rey en 1829

le diorama du Casino des Beaux Arts en 1842

 . le diorama place Lafayette en 1844


Les spectacles de projection :
fantasmagorie et physique amusante  (1820-1850)
. Pierre Rochette, un montreur de lanterne magique à Toulouse (1827-1853)
fêtes caritatives et lanterne magique enfantine (1850-1880)
. les conférences illustrées (Trutat 1885-1900)

La vente d'appareils :
opticiens, photographes : Bianchi, Patin et Lacaze (1825 - 1880)

. les objets primes : le lampascope


et en plus :
ceci vous représente... l'histoire d'une famille de montreurs d'optique ambulants par Adrien Bouvard, ancien directeur du Théâtre du Capitole de Toulouse (1883)

zograscope et polyorama à Toulouse... dans les années soixante au musée Paul-Dupuy

 

 

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