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Présentation

  • : Les machines du fantasmagore
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  • : Présentation d'attractions de pré-cinéma, du XVIIe siècle à nos jours : optique, lanterne magique, image animée, théâtre, ombres chinoises, cinématographe ancien, photo en relief, 3D
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CECI VOUS REPRESENTE... ou l'histoire d'une famille de montreurs d'optique ambulants

Rares sont les témoignages anciens sur les montreurs de vues d'optique. Adrien Bouvard est peut-être le seul auteur à mettre en scène, dans son autobiographie publiée en 1883, le spectacle d'une famille de montreurs d'optique ambulants dans le Sud-Ouest de la France.

Son livre intitulé « Un comédien à travers le monde » décrit ses débuts de saltimbanque au sein de sa  famille de musiciens et comédiens itinérants entre Bordeaux et Toulouse.

Ce ténor léger qui deviendra directeur du théâtre du Capitole dans les années 1870/80 mène dans son enfance une vie rude de gagne-petit, riche en anecdotes pittoresques, surtout lorsque nous assistons en sa compagnie à la fabrication par son père d'une boîte d'optique, de la peinture et de la perforation des vues du diorama et au déroulement du spectacle.

 

A. Bouvard et Alph. Momas

UN COMEDIEN A TRAVERS LE MONDE
Première partie dédiée aux villes de Bordeaux et Toulouse
Paris, Charles Lambert, 1883

 

«Papa était de Chambéry, je l’ai dit ; savoyard, (…) ma mère, taillée en plein drap parisien, faubourg Saint-Denis ; Adrien, parisien aussi, né au quartier de la foire Saint-Laurent. (…). Nous avions, on s'en souvient par le voyage d'Orléans à Bordeaux, une carriole et un cheval que j’appelais Coco : la bonne bête supportait toutes mes espiègleries.

Mon père, homme de ressources s’il en fût jamais, jouissait de plusieurs cordes à son arc ; on va le voir, et on doit comprendre que c’était nécessaire avec une famille aussi complète que la nôtre.

Il fabriqua une espèce de diorama primitif, auquel il se mit à travailler dans la journée : c’était de grandes feuilles de papier noir à emballage, d’un mètre cinquante, qu’il collait ensuite sur un papier gris plus fort que le premier. Quand le tout était bien uni, bien sec, bien ferme, on dessinait du côté noir des lignes architecturales, des formes bizarres, cela représentait des monuments, des rues, de jolies perspectives, voire même des sujets religieux, le Christ au Calvaire, saint Jean prêchant dans le désert, ou bien encore des batailles, etc., etc. Alors, avec des canifs, des emporte-pièces de toutes formes, de toutes dimensions, sur un bloc de plomb battu avec un marteau, on faisait des entailles dans les lignes, et on variait le dessin à l’infini.

Une fois ce premier travail achevé, le jour s’apercevait à travers toutes les ouvertures faites par les emporte-pièces: on adaptait à tous ces trous des morceaux de paillons de toutes nuances, l’arc-en-ciel y passait au complet, et l’on obtenait, grâce au luisant du paillon, à la quantité de couleurs dépensées, un tableau d’une réelle et sérieuse originalité.

Mais ce n’était pas tout: il s’agissait ensuite de clouer la feuille sur un cadre, en agrémentant le dessin de quelques savants coups de pinceau; on n’employait que des couleurs vives au vernis; le cadre entrait dans une énorme boîte, ayant des rainures à l’intérieur; cette grande caisse ressemblait à la rigueur à un théâtre. Il n’y avait pas de rideau se levant ou s’abaissant à chaque entracte, deux ouvertures rondes, avec des verres grossissant, percées à une cloison, pareille à un dessus de malle bombée,  permettaient aux yeux du spectateur de se repaître de la vue qu’on lui annonçait ; au-dessus de la boîte, une tringle arrondie, en forme de cerceau, supportait un rideau vert qu’on fermait à volonté pour masquer le jour à ceux qui regardaient dans les lunettes.

Derrière cette boîte à prétention théâtrale, se trouvait un autre rideau carré qui servait à dissimuler le machiniste ; à l’intérieur, on éloignait ou on rapprochait deux fortes lampes, suivant que le tableau avait besoin d’un peu plus ou d’un peu moins d’éclairage : un mécanisme à ficelles enlevait chaque vue et la montait au-dessus de la boîte, cachée au dehors par un petit dôme.

Ce théâtre panoramique était bien naïf.
Il fut destiné à fonctionner le soir, dans les villages, sur une place publique, ou dans une grange, d’après le degré d’importance de la localité, et avec la permission de M. le maire de l’endroit, des autres autorités constituées, sans oublier l’autorisation toute particulière de M. le curé. (Notre France a toujours été un pays libre).
Moyennant deux sols par personne, on pouvait ainsi se procurer la vue de belles promenades féeriques, des places et des monuments des capitales de l’Europe : ce spectacle passa pour merveilleux au yeux des paysans ébahis.

Adrien courut avec papa les campagnes environnantes ; ils franchirent parfois la limite départementale et, visitant la Charente, le Lot-et-Garonne, ils nous revenaient de la Saintonge avec de grosses poulardes que maman apprêtait en vrai cordon bleu.

Parmi les nombreux petits talents de mon frère, il me faut signaler celui qu’il possédait sur le tambour : il en battait et en rebattait, tant et si bien que je devins son élève (…).

Lorsqu’il voyageait avec papa, c’était lui qui, dans la journée, parcourait le village pour annoncer le spectacle : le soir, les deux artistes chantaient de conserve ; puis, cette partie du programme épuisée, on commençait la représentation des feux diamentaux. Adrien cumulait les hautes fonctions de chef machiniste et de luminariste.
Il rangeait le clou auquel tenait l’anneau qui permettait d’enlever les tableaux ; il préparait les deux lampes, pour que les trous à paillons reçussent une vive lumière, il s’occupait de tout enfin.

Papa, directeur et contrôleur de l'entreprise, restait au dehors, devant le rideau : il annonçait chaque tableau, expliquant les vues, surenchérissant en adjectifs pompeux ou qualificatifs sublimes, assourdissant l'oreille du paysan qui se retirait ébloui, ahuri, fasciné, convaincu que tout ce qu'il avait entendu, vu, admiré, était arrivé, et regrettant de ne pas habiter ces ébouriffantes cités où l'on contemplait tant de choses abracadabrantes.

Mon père a peut-être, dans sa modeste sphère, aidé à propager chez nous le goût des beaux-arts ! Il a tout au moins poussé à la fantaisie des voyages, cette fantaisie aux ailes diaphanes qui emporte au loin l'esprit du rêveur, il n'en fut jamais plus fier pour ça : du reste, il le savait, on est ingrat pour les premiers pionniers, pour les inventeurs, les propagateurs d'idées nouvelles : sa statue n'orne aucune de nos places publiques ; la boutonnière de son paletot resta vierge de toute décoration, ô injustice humaine !

Parfois, le spectacle commencé, il survenait entre mon père et Adrien, des scènes tragicomiques : ce dernier ayant à s'occuper de la carriole, du pansement du cheval, de l'emménagement et du déménagement dans la voiture des accessoires du métier, du grand parapluie, de la chaise, des cahiers de chansons, boite à violon, lampes, rideaux, ménage, etc., il arrivait que, le soir, la fatigue l'excédant, les tableaux de cette espèce de lanterne magique n'étaient pas toujours à leurs places respectives, les lampes mal taillées éclairaient tristement, et que les arrangeant au milieu d'un demi-sommeil, il entendait mon père, au dehors, entamer ses explications, dire son boniment alors que son retard apportait une confusion déplorable entre ce qu'on annonçait et ce qu'on voyait.

Dans ce cas, les trois ou quatre premiers spectateurs introduits, entendaient par exemple ceci :
- Ceci vous représente....,
Ils ne voyaient rien, Adrien mouchait une lampe et l'autre boudait entièrement.
- La ville de Saint-Petersbourg, continuait mon père.
Le machiniste avait mal accroché les ficelles et au lieu de la ville de Saint-Petersbourg, il offrait aux regards du public une petite rivière, un pont rustique, une laitière et son âne. Au fond, un vigoureux gars regardait d'un œil malin le bas de jambe de la campagnarde.

Adrien finissait par avoir raison de ses deux lampes, la lumière devenait étincelante, mais une ficelle mal tirée dérangeait complètement les tableaux. Mon père disait :
Ceci vous montre l'inondation de la Gironde dans la sombre nuit de...
On écarquillait les yeux ; en fait d'inondation, on avait devant soi la place de la Concorde ou la façade de la Madeleine en plein midi.

Lorsqu'un voyageur plus intelligent, mais en même temps plus récalcitrant, hasardait à ce sujet une remarque intempestive, mon père soulevait le rideau, s'assurait de la faute qui était cause de l'observation, quittait sa place, faisait le tour de la salle de spectacle, à pas légers, entrait brusquement dans les coulisses, et administrait un maître coup de botte à son chef machiniste. Adrien, très affairé à remettre ses bas qui s'entêtaient à glisser sur sa maigre jambe, recevait en pleine lune, cette queue de comète, arrivée si inopinément à destination ; il bondissait sur ses ficelles, décrochait tous les anneaux, éteignait les lampes en croyant les remonter ; l'obscurité devenait complète, et le public, tout à fait surpris, demandait à M. le directeur ce que cela pouvait bien vouloir représenter.
M. le directeur ne cessait de tempêter, mais après un petit moment d'entr'acte, Adrien avait relevé ses bas, rallumé ses lampes, tiré ses ficelles, et le spectacle reprenait son cours. »

 

Mais s'ouvre désormais pour notre jeune conteur et sa sœur Antonia une carrière de violoneux et de chanteurs ambulants qui les conduiront vers d'autres histoires et d'autres horizons... 

source : Bibliothèque de Toulouse - Le Midi artiste - 6 octobre 1883 http://images.midiartiste.bibliotheque.toulouse.fr/B315556101_MIDARTJ_1883-10-06_028.pdf#search="midi artiste 1883"

source : Bibliothèque de Toulouse - Le Midi artiste - 6 octobre 1883 http://images.midiartiste.bibliotheque.toulouse.fr/B315556101_MIDARTJ_1883-10-06_028.pdf#search="midi artiste 1883"

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Les attractions foraines :
le cosmorama Rey en 1829

le diorama du Casino des Beaux Arts en 1842

 . le diorama place Lafayette en 1844


Les spectacles de projection :
fantasmagorie et physique amusante  (1820-1850)
. Pierre Rochette, un montreur de lanterne magique à Toulouse (1827-1853)
fêtes caritatives et lanterne magique enfantine (1850-1880)
. les conférences illustrées (Trutat 1885-1900)

La vente d'appareils :
opticiens, photographes : Bianchi, Patin et Lacaze (1825 - 1880)

. les objets primes : le lampascope


et en plus :
ceci vous représente... l'histoire d'une famille de montreurs d'optique ambulants par Adrien Bouvard, ancien directeur du Théâtre du Capitole de Toulouse (1883)

zograscope et polyorama à Toulouse... dans les années soixante au musée Paul-Dupuy

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Published by machinesdufantasmagore