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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 16:25

zootrope Daisy

 

La jument Daisy qui trotte avec majesté dans notre zootrope géant exerce toujours une fascination sur les spectateurs, qui découvrent avec elle le principe même de l'image animée.

Mais quelle est donc son histoire et par quelle magie son image si vivante parvient-elle à nous captiver ?

 

zootrope-public.jpg

 

Zootrope (ou zoetrope chez nos amis anglo-saxons) vient du grec Zoe = animal et Tropos = tourner.
Le zootrope fut mis au point par William George Horner vers 1834 en suivant les travaux de Plateau, physicien belge qui avait démontré avec son phénakistiscope, le rôle de la persistance rétinienne dans notre perception des objets animés. 
Il s'agit en fait de l'adaptation horizontale de l'appareil de Plateau : visibles à travers les fentes découpées sur le pourtour de l'appareil -disque pour Plateau, tambour pour Horner- les images successives d'un mouvement décomposé paraissent prendre vie lorsque l'appareil tourne rapidement sur son axe. Le sujet est animé d'un mouvement répétitif dont l'allure dépend de la vitesse de rotation.

 

Comment ça marche
Chaque fente permet d'apercevoir l'image qui lui fait face, disposée à l'intérieur du tambour. Entre deux fentes, le dessin est masquée au yeux du spectateur par la matière opaque du tambour. Lorsque l'appareil est mis en rotation, ce tambour agit comme un obturateur qui permet à l'œil de capter chaque image successivement. Au contraire, en regardant directement les images en rotation par dessus l'appareil, le spectateur ne discerne plus qu'une informe traînée grisâtre composée de toutes les images confondues. Cette présence de l'obturateur et sa parfaite synchronisation avec l'apparition de l'image est le principe de base du projecteur cinématographique.
Si le nombre d'images correspond au nombre de fentes, le sujet semble bouger sur place (jongleur, forgeron, etc.). Si ce nombre est supérieur, le personnage ou l'animal avance dans l'appareil (marcheur, course poursuite, cheval au galop,...).

 

zootrope-en-action.jpg

 

En faisant défiler les bandes de papier illustrées dans le tambour du zootrope, toute une imagerie poétique ou humoristique ressuscite l'esprit d'une époque : vélocipédiste, dandy buveur, chanteur à voix, valseurs romantiques, mais aussi toute une galerie de monstres diaboliques ou grotesques.

 

Cependant, une étape reste à franchir pour passer du dessin animé à la représentation de notre cheval et trouver à ce jouet de salon une application scientifique : le perfectionnement de la toute nouvelle technique photographique, qui permettra la prise de vue rapide et successive du mouvement de l'animal, suscitant  l'intérêt des physiologistes de la fin du 19e siècle.

 

En 1827, Niepce fixe dans sa camera obscura un paysage sur une plaque métallique enduite de bitume de Judée. L'image est imparfaite et le temps de pose considérable (pas moins de huit heures...). Après quelques années de perfectionnement, la photographie jouera un rôle majeur pour les physiologistes dans l'enregistrement visuel des phases du mouvement.

 

Depuis le 18e siècle, les écoles vétérinaires essaient d'analyser la locomotion animale, et en particulier celle du cheval. Au 19e s., médecins et physiologistes travaillent sur la reproduction des mouvements humain et animal, mettant au point les appareils de mesure nécessaires à leurs recherches.

 

Au début de ses travaux, le physiologiste Etienne Jules Marey utilise à Paris une méthode graphique pour enregistrer le galop du cheval : un capteur pneumatique, placé sous chaque sabot, commande un stylet qui marque un tambour défilant à vitesse constante. La photographie permet à Marey de vérifier et compléter sa théorie. Pour obtenir une succession régulière de vues, il inventera en 1882 un fusil photographique (qui lui servira en particulier à étudier le vol des oiseaux). Quelques années plus tôt, en 1874, l'astronome Janssen avait déjà utilisé un revolver astronomique pour obtenir, lors d'une éclipse, les douze poses du passage de Venus devant le soleil.

 

Cette représentation visuelle inscrite dans le temps est connue sous le nom de " chronophotographie ".

 

Les travaux de Marey ne passeront pas inaperçus : aux Etats-Unis, l'ancien gouverneur de Californie, Leland Stanford, confie à l'éditeur et photographe Eadweard James Muybridge la réalisation d'essais sur la photographie des chevaux de course.
En 1873, Muybridge obtient, grâce à un obturateur rapide, le premier cliché instantané du cheval Occident en pleine course.

 

Après un fâcheux contretemps (il tue l'amant de sa femme), Muybridge reprend ses travaux chez Stanford à Palo Alto, où il met au point un système d'enregistrement beaucoup plus perfectionné : 12 appareils photos en ligne, déclenchés par électroaimants actionnés au passage du cheval.

 

MUYBRIDGE La Nature

Le travail de Muybridge présenté en décembre 1878 dans La Nature sous la plume de Gaston Tissandier

 

 

 

 

 

 

En 1879, Muybridge réalise ses premières séries de vues sur la locomotion animale, puis humaine, qui seront publiées en novembre 1887 sous les auspices de l'Université de Pennsylvanie et vendus sur souscription, principalement aux riches collectionneurs, aux institutions, ainsi qu'à quelques artistes  renommés. Au total, 781 planches au format 19 x 24 inches mettent en scène les mouvements de l'homme et de l'animal dans un montage parfois retouché, qui relève peut-être plus de la démarche artistique que scientifique.

 

Parmi ce travail, la planche 39 d'Animal Locomotion montre la jument Daisy au trot, montée par un cavalier dont le nom ne nous est pas parvenu.

zootrope-Daisy.jpgLa jument Daisy, chronophotographiée par Muybridge en 1879

  

Muybridge et Marey, qui ont tous deux travaillé à décomposer le mouvement pour l'analyser, ont en commun d'utiliser le zootrope pour le recomposer. Ils se serviront aussi de la projection pour illustrer leurs travaux : sur disque de verre pour Muybridge (zoopraxiscope), sur pellicule pour Marey à partir de 1889 (grâce au film commercialisé par Eastman au USA).

 

Les progrès de la photographie permettent au physiologiste Etienne Jules Marey et au photographe Eadweard James Muybridge de révéler le vol de l'oiseau et le déplacement du cheval. Avec la chronophotographie, l'invisible devient enfin visible. Un pas de plus et c'est le cinématographe...

 

 

 

 

 

 

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Published by machinesdufantasmagore - dans Les machines
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